La croisière André Citroën, naissance de l’Aventure moderne

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Chenillette-Citroën-croisière

Une croisière automobile ?

Pourquoi une croisière ? Au début du XXe siècle, la voiture représentait l’Aventure par excellence, avec un grand « A ». La publicité auto nous apportait encore du rêve. Donc, elle ne parlait pas uniquement de consommation, ni de taux de CO2, ni de calendrier avec des filles dénudées. Elle vantait le rêve automobile, elle donnait du sens à l’innovation, par exemple : elle élevait l’aventure de l’Homme ! 

De nos jours les aspirants-aventuriers ne peuvent décharger leur excès d’adrénaline qu’à travers des sports extrêmes. Leur permettant de courir des risques gratuits. Ou encore, via des émissions de télé-réalités (encadrées par une importante équipe d’organisateurs pour en supprimer justement tout risque) !

Les 4 croisières d’André Citroën (1922– 1934) 

En 1920, il faut bien s’imaginer  toutes les difficultés d’organiser et de réaliser de telles croisières en voiture. Sur ces terres quasi inconnues, sans voie carrossable, sans logistique externe !

Citroën choisit alors de défier “publicitairement” ses concurrents en organisant la plus grande aventure automobile. À travers ses croisières vers des destinations « inconnues » :

  • La « croisière des sables » la traversée Sahara (1923) ;
  • La « croisière Noire » vers l’Afrique noire (1924 – 1926) ;
  • Croisière Jaune » vers l’extrême Orient (1931 – 1932) :
  • La « croisière Blanche » dans les glaces de l’arctique (1934).

1) La croisière des sables :

Depuis les Romains, la traversée du Sahara représentait un énorme obstacle naturel qui séparait les hommes. Fin de l’année 1919, toutes les expéditions en « automobile » lancées échouèrent. le Général Nivelle ordonna une reconnaissance automobile dans le Hoggar, avec 23 autocars Fiat 15-TER. Ceux-ci accompagnés de canons automoteurs partent au début de l’année 1920 et rallient Tamanrasset, au sud de l’Algérie, depuis Toggourt, en 28 jours.

croisière dans le sable

Alors, André Citroën adaptera des chenilles sur ses véhicules. Le premier prototype sera testé dans la neige ainsi que dans le sable de la forêt de Senlis.

Le 17 décembre 1922, cinq chenillettes Citroën B2 équipées du système Kegresse et dix hommes partent de Touggourt pour rallier Tombouctou. Soit 3.200km plus au sud … deux véhicules équipés de mitrailleuse protégeront le convoi. Avec des pièces de rechange, des vivre, mais sans radio (trop lourde à l’époque).

L’objectif : ouvrir une voie d’accès vers l’Afrique tropicale et de faciliter le transport de ses ressources naturelles vers la France.

Ce raid Touggourt-Tombouctou-Touggourt marqua le début de l’épopée des Croisières Citroën. Et par là, la naissance de l’aventure moderne.

2) La croisière Noire :

traversée du Niger

Imaginée par André Citroën afin de mieux faire connaître sa marque. Cette expédition failli s’annuler. Les autorités militaires annoncèrent en effet un risque d’insurrection armée dans le sud du Maroc. Le gouvernement français retira dès lors toute autorisation de passage dans le pays. Déçu, André Citroën liquida sa compagnie transafricaine et vendra les autochenilles spécialement préparées. Il semble aujourd’hui que toute cette histoire ne fut que le fruit d’un complot mis en place contre Citroën. Par son éternel rival, qui lui-même organisait une expédition similaire !

L’itinéraire proposera une voie nouvelle à travers le Sahara pour rallier Le Niger, le Tchad et l’Oubangui-Chari. Avant d’atteindre, à travers la forêt équatoriale, (avec force coups de machettes) Stanleyville et le Congo belge, le lac Victoria. Où la mission éclatera en quatre groupes :

  • Pour rejoindre Madagascar après avoir traversé le Kenya,
  • Le Tanganyika,
  • Le Nyassaland,
  • Le Mozambique et l’Afrique australe anglaise.

L’organisation de cette croisière répondait à plusieurs objectifs :

  • Publicitaire : via une formidable campagne de publicité organisée dans toute l’Europe. De nombreux tracts seront distribués, en particuliers dans les usines Citroën, du quai de Javel. Des films relatant l’expédition seront projetés, (27 kilomètres de film et 6 000 photographies seront réalisées). Puis, exposées en particulier au musée du Louvre. Afin de permettre aux visiteurs de découvrir les autochenilles, ainsi que les divers objets ramenés par l’expédition ;
  • Touristique : en préfigurant une ligne régulière motorisée traversant le continent africain avec des passagers fortunés. Avec des bivouacs préparés, les voyageurs profiteraient aussi du très grand luxe, logeant dans de futurs grands hôtels situés le long du parcours ;
  • Scientifique : L’expédition filmée et photographiée associera : des ethnologues, des géologues, zoologistes, météorologues, anthropologues, géographes et cartographes. Sans compter sur les divers objets ramenés par l’expédition : 300 planches botaniques, 15 livres de croquis et des échantillons de plus de 300 mammifères, de 800 oiseaux et de 1 500 insectes. Pour la plupart jamais inventoriés. Le ministère de la Santé demanda un rapport sanitaire sur les épidémies, particulièrement sur la maladie du sommeil qui sévissait en Afrique en 1925.
  • Politique : par la création d’une liaison régulière entre les colonies africaines et Madagascar. (Territoire français isolé dans l’océan Indien). La croisière noire permit à l’Empire français de démontrer sa supériorité technique face aux difficultés que présente le continent africain. À un moment où ce dernier cherchait justement à trouver des solutions plus techniques que militaires pour souder l’empire

3) La croisière jaune :

La croisière jaune ou la « Route de la soie » automobile représente 13 000 km de Beyrouth à Pékin. En passant par le Turkestan, le Xinjiang et le désert de Gobi, dont la traversée de l’Himalaya.

L’itinéraire de retour sera prévu : vers par Hanoï, Saïgon, Bangkok, Calcutta, Delhi, Ispahan, Bagdad, Damas …

Les objectifs d’André Citroën  étaient de démontrer la supériorité technique des véhicules Citroën. En organisant et réalisant un raid dans des conditions difficiles que personne n’avait encore réussi. Au départ, l’expédition sera très mal vue des autorités chinoises qui croient à une mission militaire déguisée. Le gouvernement Chinois, acceptera à conditions :

  • Que l’expédition soit renommée : « Grande Expédition sino-française de la 19e année » ;
  • Que des scientifiques chinois rejoignent l’expédition ; (déjà à l’époque !) ;
  • Les scientifiques français n’auront pas le droit d’effectuer de fouilles archéologiques, d’établir des cartes de la région ou toutes autres « activités de nature à affecter la souveraineté ou la sécurité du territoire ».
Profil du parcours

La croisière se composera de 2 groupes de 7 autochenilles :

  • Le premier nommé « Pamir » part de Beyrouth, traverse le Liban, la Syrie, l’Afghanistan, les Indes britanniques, le Cachemire. Pour arriver en Chine. Sur des autochenilles Citroën-Kégresse (6 Type P17 et une Type P14 équipé de la TSF) plus légères à quatre cylindres, tractant chacune une remorque.
  • Le deuxième groupe nommé « Chine », part de Tien-Tsin vers Aksou. Il parcourt 5 000 kilomètres dont 3 000 dans le désert de Gobi. Les deux groupes se rejoignent à Ouroumtchi au Nord-Ouest de la Chine. Pour faire route vers Pékin. Avec des autochenilles, plus lourdes, de type militaire P21 à moteur de 6 cylindres.
le passage d’un col

Le passage d’un col à 4 625m posera un vrai défi logistique qui sera bien plus difficile à résoudre que les seuls accidents de terrain. En effet, la traversée prendra 45 jours. Il faudra démonter les autochenilles, les porter à dos de 400 hommes pour les remonter ensuite.

Cinq mois seront inutilement perdus à Ürümqi pour obtenir l’autorisation de continuer l’expédition. (en échange de la réception de cinq Citroën en cadeau, pour les autorités locales).

La compagnie des actualités cinématographiques Pathé Nathan se joindra à l’expédition pour le tournage d’un film de l’expédition. Les découvertes scientifiques seront telles, que l’on oubliera très vite : qu’en fait, aucune autochenille ne réussira à traverser en entier le continent asiatique. L’histoire retiendra tout de même que l’expédition aura été « un exemple inoubliable de la capacité humaine à vaincre l’adversité »

4) La croisière Blanche :

Compte tenu des résultats médiatiques obtenus grâce aux succès de la Croisière noire et de la Croisière jaune. André Citroën fut tenté de renouveler un exploit comparable sur le continent américain. Dans une traversée du nord-ouest du Canada à partir d’Edmonton, vers Telegraph Creek au-delà des Montagnes Rocheuses dans le Nord de la Colombie Britannique.

Pour cette expédition, André Citroën mobilisera, cinq Citroën-Kégresse : de type P 17, munies de skis et d’une centaine de chevaux.

L’expédition qui comprend 17 personnes, se lança à l’assaut des Montagnes Rocheuses. Elle rencontrera très rapidement des difficultés imprévues et insurmontables dues aux pluies diluviennes, aux glissements de terrain, à la boue et aux tempêtes de neige.

La croisière tourna au cauchemar :

Trois des cinq véhicules sombrent lors du passage d’une rivière en crue. Les deux autres doivent être abandonnés, englouties dans la boue.

Le retour, peu glorieux, aura lieu à cheval et en train à Edmonton le 24 octobre 1934. Ceci explique que cette croisière Citroën blanche restera peu connue du public.

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